Critique de Risen 2 : Dark Waters
Alors que le monde se fait peu à peu ravager par les titans, l'Inquisition se voit contrainte de planifier l'évacuation de sa capitale. Toutes les terres de l'Ancien Empire ont dores et déjà succombé dans les flammes. Mais la seule issue que constitue les mers du Sud se voit elle aussi bloquée par Mara, l'une des Seigneurs des Titans, et son Kraken. Aucune évacuation n'est envisageable dans ces conditions. Les habitants de Caldéra se retrouvent non-seulement piégés sur ce qui reste de leur capitale, mais ils sont aussi privés d'approvisionnements réguliers, la majorité des navires marchands se faisant attaquer par le Kraken. C'est justement après le naufrage d'un de ces navires que le Héros Sans Nom retrouvera une vieille connaissance comme seule survivante : Patty. Le Héros, alors désabusé par le manque de reconnaissance et la méfiance qu'il récolta malgré le sauvetage de l'île de Faranga, n'aura eu besoin que de cette personne et des nouvelles qu'elle apporte pour retrouver une petite lueur d'espoir. Il y aurait ainsi une arme capable de tuer le Kraken.
C'est donc l'univers des pirates que l'on découvre dans ce jeu. Un univers qui n'oublie aucune tradition dans la représentation que l'on se fait d'un pirate. Qu'il s'agisse des cartes au trésor très nombreuses, du code d'honneur, des îles exotiques à visiter ou des monstres légendaires, toutes les caractéristiques d'une histoire de pirates semblent être réunies. De même, rhum et grog sont rois parmi toutes les boissons du jeu, et on retrouve les vêtements typiques d'un marin que sont l'imperméable, le tricorne ou la boucle d'oreille crânienne. Même la façon de parler brusque, ferme et ne jurant que sur les femmes faciles, le rhum et les pillages, que l'on retrouve chez certains PNJ, semble typique d'un pirate. Malheureusement, qui dit pirates dit aussi bateaux. Ces derniers sont effectivement très présents : le Héros Sans Nom aura vite droit à son propre navire, le partage de la carte en plusieurs îles oblige l'utilisation de ce moyen de transport, le plus grand ennemi du jeu n'est autre qu'un kraken, etc ... Malgré cela, un jeu tournant autour de la piraterie impliquerait un effort nettement plus grand sur ces embarcations que celui qui a été fourni. Le rôle du navire dans le jeu semble par moments n'être que celui de portail permettant de se déplacer d'une île à l'autre. On remarque ainsi une similarité parfaite entre tous les navires que l'on croise, qui sont particulièrement petits et d'une simplicité déconcertante dans leur architecture. Alors qu'ils devraient faire partie des éléments centraux du jeu, on découvre des navires qui restent sur place sans être amarrés, des canaux qui lévitent à côté sans être soutenu par le moindre cordage, ou encore des torches qui par chance semblent incapables de brûler le plafond de bois situé dix centimètres au-dessus d'elles. D'autre part, on aurait aussi pu espérer d'avoir la possibilité de véritablement naviguer d'une île à l'autre à la place d'un temps de chargement ou encore celle de monter en vigie, ce qui donnerait la possibilité de véritablement explorer le bâtiment de fond en comble. Bref, c'est l'outil principal du pirate qui a été ici totalement bâclé ...
De la même manière que son prédécesseur, le jeu montre une ambiance particulièrement adulte pour un RPG. Les développeurs n'ont pas hésité à montrer un héros désabusé, l'omniprésence de l'alcool, la corruption et la traîtrise. Encore de la même manière que son prédécesseur, c'est aussi une ambiance d'aventure et de mystères qui nous tient en haleine. Le jeu est en grande partie basé sur la recherche et la découverte de trésors, de savoirs et le pillage d'anciennes ruines. Risen 2 nous fait donc voyager des manipulations politiques à la visite de l'au-delà en passant par les concours de beuverie. Toujours dans un objectif de véritable recherche scénarique, Risen 2 est l'un des rares jeu à montrer la complexité de la psychologie de ses personnages. C'est donc tout en finesse que l'on découvre le désenchantement du Héros Sans Nom, ses sarcasmes et sa complicité très forte avec Patty. Ainsi, malgré la durée de vie particulièrement courte du jeu, celui-ci dispose d'un scénario complexe et recherché, même si très prévisible en de rares moments.
La densité et surtout la répartition des quêtes semblent parfaites. De très nombreuses quêtes secondaires restent ainsi cantonnées à une seule île voire à une zone très précise de cette île, évitant ainsi de longs voyages pénibles et inutiles. On déplore seulement qu'aucune nouvelle quête n'apparaisse au fil du temps. Le scénario et les quêtes se déroulant par étapes, on est tenté d'accomplir toutes les quêtes d'une île avant de passer à la suivante ; s'il est possible de revenir plus tard à une île que l'on a déjà visité, on n'aura alors aucune raison de le faire ... D'autre part, Risen confirme son côté adulte en confiant au joueur des quêtes qui ne sont pas systématiquement basées sur le combat contre des créatures monstrueuses. Certaines quêtes se déroulant au sein même d'une ville ou d'un village, il faudra parfois faire preuve d'ingéniosité plutôt que de brutalité pour arriver à ses fins, ingéniosité que l'on peut aussi utiliser lors d'un combat. Le jeu propose ainsi, via les différentes capacités et technique que l'on peut développer, de nombreuses manières différentes d'accomplir les quêtes et de combattre. La découverte du vaudou permettra de maudire ses ennemis avant même de les attaquer ou de posséder certains personnages-clé afin de modifier le cours des événements en parlant et en agissant à leur place. Le Héros Sans Nom étant devenu un véritable pirate, il en a aussi acquis la fourberie légendaire ; l'utilisation de techniques de combat peu réglementaires, telles que lancer du sable dans les yeux de l'adversaire, est alors monnaie courante. Le vol à la tire ou l'utilisation d'un singe dressé pour passer par des chemins trop petits pour des humains permettront aussi de s'enrichir ou de récupérer un objet capital pour une quête. Comme pour les nombreuses façons différentes d'accomplir une quête, selon les situations et sa façon de jouer, le joueur pourra choisir l'un ou l'autre de ses compagnons pour l'accompagner au combat. Chacun de ces compagnons a une personnalité et une histoire propres desquelles découlent leurs caractéristiques. Risen 2 est ainsi un jeu qui permet à chacun de jouer selon sa propre affinité à certaines techniques et s'ouvre ainsi à tous.
À part cela, le jeu fait preuve d'ingéniosité et propose quelques excellentes idées qui ont malheureusement été peu exploitées, sans doute par crainte que cela ne plaise pas aux joueurs. Qu'il s'agisse de l'ajout des mini-jeux que sont le concours de beuverie ou le concours de tir, il s'agit néanmoins de nouveautés parfaitement intégrées au roleplay du jeu qui apportent une meilleure immersion dans cette ambiance de piraterie. De même, l'interaction avec l'environnement via les canons améliorés n'est utilisable en tout et pour tout que deux fois dans tout le jeu. Heureusement, le nouveau système de crochetage de serrures avec un passe-partout qui ne casse pas dans la serrure, bien plus réaliste et moins "prise de tête", est lui bien exploité, les coffres étant quasi-omniprésent en Arboréa.
Un véritable travail de recherche a été fait sur certains points, notamment les cultures des gnomes et surtout des indigènes. Le jeu nous fait ainsi découvrir des peuples très particuliers avec des coutumes, lois et langages propres. Risen met en scène le choc des cultures entre l'Inquisition et les Indigènes, rappelant aussi les anciennes traites négrières. L'Inquisition et les Moluccas en arrivent ainsi à se haïr et se mépriser mutuellement, au point que le personnage principal devra choisir entre se faire aider par les uns ou par les autres. Le choc des cultures est encore plus grand lorsque le Héros Sans Nom rencontre les gnomes. Gnomes et humains semblent penser de manières totalement différentes et ont de grandes difficultés à se comprendre ; d'autant plus que les gnomes ne cessent de voler les humains et d'accumuler toutes sortes de babioles dans l'espoir de découvrir leur Auri Culci, un objet de grande valeur dont la découverte leur permet d'être considérés comme adultes par leurs congénères. Malgré leurs fictivités respectives, il s'agit de cultures dotées de véritables qualités ethnologiques.
Pour ce qui est de l'aspect technique, le moins que l'on puisse dire est que Risen 2 souffre de quelques soucis. Ainsi, les graphismes des personnages sont ratés, parce que trop simples, pas assez précis. On n'aperçoit ainsi aucun grain de peau, aucune émotion sur le visage. Cela se dénote par rapport aux graphismes de l'environnement qui, sans être exceptionnels, sont malgré tout satisfaisant. En plus de l'apparence très discutable des personnages, leurs mouvements lors de la course en arrivent à être ridicules avec un buste parfaitement raide et des bras qui passent presque instantanément d'une position à l'autre. Pour ce qui est de la partie sonore du jeu, on est immédiatement frappé par l'absence de traduction des dialogues. La totalité des échanges verbaux et la narration du début se font en anglais sous-titré. Cela n'est déjà pas très confortable, et le devient encore moins avec la rapidité de ces sous-titres que l'on a parfois pas le temps de lire et dont les traductions, par moment erronnées, n'offrent aux yeux du joueur qu'une prose de piètre qualité. Et même en conservant l'anglais, on constate un doublage catastrophique, les personnages bougeant à peine les lèvres et répétant sans cesse les mêmes deux ou trois gestes qui accompagnent leurs paroles. D'autre part, Risen 2 est affublé de quelques bugs de son. Par moments, ce sont les bruitages des quelques créatures que sont les démons des sables ou les termites qui continuent même après la mort de ces dernières ; à d'autres moments, c'est la musique qui est totalement absente de certaines cinématiques. Les armuriers, quant à eux, semblent littéralement faits pour leur métier : le bruit de leurs établis provient directement de leurs corps et continue même s'ils ne travaillent pas dessus : lorsqu'ils dorment ou qu'ils parlent avec le personnage principal. Enfin, on peut mentionner quelques freezes permanents qui arrivent de temps à autre.
Mais la principale déception que l'on peut ressentir en jouant à Dark Waters est que le jeu n'est pas complet. Si le journal de jeu laisse entendre qu'à terme l'équipage peut être composé de 10 membres, on ne peut en réalité en recruter que 5. Les 5 compagnons manquants, quelques missions et quelques îles de la carte ne sont accessibles qu'en téléchargeant les DLC du jeu. Comme de nombreux autres, Deep Silver semble avoir oublié les joueurs sur consoles ne disposant pas d'une connexion à Internet. Ceci est d'autant plus dommage que ce n'est causé par aucune raison valable : un DLC gratuit et disponible dès la sortie du jeu, un jeu ne prenant que très peu de place sur le disque, etc. Risen 2 est ainsi un jeu à l'intrigue mal réglée, dont le début est un peu lent et la fin beaucoup trop rapide. Dommage pour un jeu disposant d'un bon scénario qui sera finalement sous-exploité.
Un univers de pirate poussé jusqu'à l'extrême en oubliant l'élément principal ; une densité et répartition des quêtes parfaites mais non-renouvelées ; un scénario excellent coupé en deux parties par un DLC inutile. Finalement, Risen 2 est un jeu d'une grande qualité pour qui sera assez indulgent pour lui pardonner ses nombreuses erreurs maladroites.
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Note : 16 / 20 |
Les + : | Les - : |
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